Le web 2.0 ferait-il le bonheur des avocats?

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En ce jeudi qui marquait la condamnation d’Eric Dupin pour le placement d’un lien sur un digg-like qu’il gère (à propos d’un certain Olivier Martinez que je ne connais toujours pas, pardonnez mon inculture, qui -je l’espère- n’est pas condamnable), même moi, blogueur sans la moindre influence et lu par deux pelés et trois tondus, je me fais aborder par les avocats d’Outre-Quiévrain…
En effet, suite à mon article (que je trouve très équilibré et assez factuel) sur les ennuis judiciaires de Frank de Calédosphère, j’ai reçu la demande de l’avocat de la partie adverse de publier un droit de réponse que j’ai publié ce matin.

Voici dès lors la nature du courrier reçu.

Monsieur le Directeur de la Publication
Site http://www.chacsam.be

Lille, le 26 mars 2008

Madame, Monsieur,

Conformément à l’article 6-IV de la loi n°2004-575 du 21 juin 2004, je vous prie de publier le présent droit de réponse sur votre site Internet www.http://http://www.chacsam.be
Ce droit de réponse est présenté pour le compte de Monsieur Laurent D.

[Texte du droit de réponse]

Je vous serais reconnaissante de bien vouloir me faire connaître la suite que vous entendez donner à ma demande dans un délai maximum de trois jours à compter de sa réception par vos soins, sous peine de la sanction de 3.750,00 euros d’amende prévue à l’article 6-IV-3e alinéa de la loi pour la Confiance dans l’Economie Numérique du 21 juin 2004, et sans préjudice des dommages et intérêts que pourrait revendiquer mon client.
Je vous informe qu’à défaut d’insertion de cette réponse dans les conditions convenues, je me verrai contrainte d’engager votre responsabilité sur le fondement de la diffamation et injures envers ma cliente.
Conformément à l’usage, il vous est loisible de correspondre directement avec moi-même ou de transmettre la présente au Conseil de votre choix.
Me tenant à votre entière disposition pour conférer avec vous de cette affaire,
Veuillez croire, Madame, Monsieur, en l’expression de mes salutations distinguées.
Blandine Poidevin

Voilà, c’est fait, j’ai donc économisé 3.750 € en 5 minutes ce matin ;-). Il est vrai qu’étant belge installé en Belgique et publiant ce blog du plat pays, je ne suis pas sûr que la loi pour la Confiance dans l’Economie Numérique (quel beau nom) s’applique à moi, vu notre tendance naturelle à avoir une préférence pour les arrêtés royaux, mais notre système judiciaire a assez de priorités importantes pour que je ne risque leur faire perdre du temps dans cette affaire qui n’est pas la mienne.

D’ailleurs, comme je l’ai indiqué en réponse à cette demande, une demande cordiale aurait mené au même résultat point de vue publication droit de réponse: il est dommage que cela soit directement passé avec « menaces » par biais d’avocat. Soit, cela ne change que très peu au problème: Laurent D veut un droit de réponse il y a eu droit et il l’aurait eu même sans avocat.

A ce rythme-là, je me demande si la France ne va pas envisager de ressortir ses Minitels histoire de ne fâcher personne. Le web 2.0 a-t-il encore un avenir en France ou fera-t-il juste le bonheur des avocats ou étudiants en droit? La Belgique a effectivement connu l’affaire CopiePresse, mais dans cette affaire, Google était l’éditeur conscient du contenu qu’il reprenait sur son site et avait fait un effort d’édition délibéré pour reprendre une copie de l’intégralité du contenu de certains sites. Pourrait-on connaître les même déboires en Belgique, pays du plus grand Digg-Like francophone, Scoopeo? Et ailleurs?
Le web 2.0 et le user generated content voient-ils leur fin arriver?
Ou doit-on juste garder la tête froide? 😉

PS: Les plus fidèles et observateurs d’entre vous auront remarqué une refonte post publication de cet article par rapport à l’original publié hier soir: ce fût choix délibéré afin de ne pas mélanger les messages et sujets.

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